Raisonner en flux comptable ou en dynamique financière

Comprendre la bourse et la révolution financière des années 80

 

 RAISONNER EN FLUX COMPTABLES OU EN DYNAMIQUE FINANCIERE ? 

Mis en ligne le 8 décembre 2010 sur www.socioecopofi.com

Préambule

Trop souvent, par esprit de simplification ou par manque d’imagination, nous nous contentons de raisonner en terme de flux. Ce raisonnement certes honorable, n’est pourtant pas exempt de reproche. Raisonner en flux peut se comprendre en comptabilité mais ne peut être accepté qu’en de très rares cas en finance. Le flux n’est que la résultante d’une dynamique. Sans cela, il n’est que le support d’une inconsistance mentale pour ne pas dire intellectuelle. Seul, il ne peut en aucun cas être analysé en terme d’outil de résolution de problèmes et encore moins d’outils de prospective. Or, il est flagrant de constater qu’il est devenu un des seuls, si ce n’est le seul critère de décision face aux problèmes actuels. S’il est vrai que raisonner en dynamique, veut dire réfléchir en terme de vision du futur et de développement, croire que raisonner en terme de flux exonère de cette recherche est une erreur. Le flux n’anticipant pas le futur, son inconsistance se rappellera à nous régulièrement lors de bulles et de krachs. Croire que l’on pourra éternellement s’exonérer de responsabilité par la mise en place de normes obsolètes et désuètes n’exonèrera pas éternellement notre responsabilité face au fait que nous n’ayons aucune vision dynamique sur laquelle repose notre réflexion sur le futur.

Aucune démocratie ne peut tenir sans la confiance de son ou ses peuples.

Ci-dessous trois propositions de dynamique.

A) CHANGEMENT DU SYSTEME DE COTATION BOURSIER

Synthèse de la dynamique : Dès maintenant, il faut compléter l’information officielle des cours boursiers par un cours pondéré par les volumes échangés. A cette information, il faut en rajouter une deuxième qui est la la liquidité des titres boursiers.

A l’heure où l’on parle de :

-          Gouvernance

-          Efficience

-          Solidification

-          Protection des consommateurs

-          Risque systémique

-          Risque de contrepartie

-          Stabilisation du système financier

Il est étonnant de voir perdurer un système de cotation qui ne tient pas compte des volumes échangés.

Pour rappel

Avant la révolution financière de 84/85, les variations des cours de bourse étaient limitées et par extension leur volatilité. Voir graphique ci-dessous et notamment la courbe jaune du CAC 40 et la courbe rouge de l’inflation.

cliquer sur le graphique pour agrandir

Après 84/85, les cours de bourse, dans leur réalité, sont libres et très volatils. A la volatilité due à la liberté des achats/ ventes se rajoute celle du système de cotation.

Ex : La plus forte hausse (cours de fermeture) du vendredi 29 octobre est Technip pour 1,86% de hausse annoncé. Dans la réalité, seuls 0,49% des titres ont été échangés à des cours différents dans la journée (soit 535 790 titres) et c’est la transaction de 103 957 titres en fin de journée soit 0,09% des 109 343 295 de titres côtés qui peut faire croire à tous les actionnaires qu’ils bénéficient de cette hausse de 1,86%.

La cotation que nous prônons, ramènerait cette hausse à 0,009%, soit 1,86*(535790/109343295)

En clair, c’est comme si les 65 000 000 de Français jouaient au Loto et que parce qu’il y en a eu 0,09% qui gagnent, soit 65 000 Français, que l’on dise à tous les Français qu’ils ont gagné eux aussi.

Comme vous pouvez le constater, le fait que l’on applique le résultat d’un échange de quelques titres à tous les titres, a pour conséquence un effet inflationniste (en cas de hausse) et déflationniste (en cas  de baisse) avec son corollaire en terme de consommation.

Les failles de ce système de cotation sont effacées par la mention juridique « Les performances du passé ne présagent pas du futur ». En clair, dans le monde boursier, c’est bien parce que 65000 Français ont gagné hier au Loto que l’on peut dire aux 64 935 000 autres qu’ils ont eux-aussi gagné.  

Ces performances irréalisables mais validées comptablement et juridiquement, servent de base aux comparatifs, aux publicités etc… avec pour conséquences :  

- Sociologique : ces valeurs sans fondement génèrent, suivant les cas, défiance, crainte, peur, panique, confiance, euphorie avec les problèmes de la liquidité qui vont avec.

- Economique : manque de consommation (en phase de crainte, peur, panique), consommation excessive (en phase d’euphorie avec le crédit) générant suivant les cas déflation ou inflation.

- Politique : Etude de prospective faussée, analyse erronée, décision à mauvais escient, défiance des peuples (voire vote extrême), manifestations, etc..

- Financière : Une estimation faussée de votre patrimoine par votre banquier lors d’opération d’endettement ; une base de référence fiscale identique pour tous les porteurs de parts contribuables. Etc…Raisonnement d’autant plus fallacieux que l’on sait que le cours n’aurait pu être que plus faible pour les autres transactions puisqu’il n’y avait plus d’acheteurs et que les cours n’ont été validés que pour un très faible échange.

Ces évidences, qui nous ont été rappelées lors de la dernière crise, nous ont montrées combien une cotation ne tenant pas compte des volumes est dangereuse tant par les performances ou les sous-performances qu’elles fabriquent que par le problème de liquidité qu’elle engendre.

De ce fait, il apparaît illusoire d’évoquer la stabilisation du système financier sans évoquer son système de valeur et sa liquidité.

Monsieur Claude BEBEAR, président d’honneur d’Axa, dans La Tribune du 25 août 2009 :
« Cela n’a aucun sens de comptabiliser dans l’instant une valeur de marché qui ne reflète pas la valeur des actifs. Cela accélère la formation de bulles ou la production de krachs sans donner une image fidèle des entreprises. Il faut aussi réglementer les agences de notation dont les notes ne sont pas suffisamment transparentes et lisibles. Cela frise parfois la malhonnêteté. »

Jean-Paul Fitoussi écrit dans « Le Figaro magazine » du 29 août 2009 :

À propos de la crise « On a consommé du capital. On se croyait riche, les marchés financiers nous disaient que les prix des actifs étaient très élevés alors que tel n’était pas le cas. Le fait que le système financier se soit mis à dysfonctionner n’est qu’un symptôme, ce n’est pas la cause de la crise. La cause profonde est la très grande croissance des inégalités que nous connaissons depuis un quart de siècle. »

Christèle Fradin dans « La Tribune » daté du 30 juillet 2010 en page 23 :
Article intitulé : Les régulateurs prônent davantage de transparence sur les marchés.
Les banques ont lancé leur propre moteur de confrontation des ordres, en dehors de tout statut prévu par la directive. Cela parfois en toute transparence des intérêts à l'achat et à la vente, mais parfois en toute opacité. MIF a prévu des obligations en matière de transparence pour compenser les effets de cette concurrence nouvelle. La directive a aussi prévu des exemptions, notamment pour éviter à des gérants institutionnels d'avoir à subir un impact de marché provoqué par un ordre important. Mais elles sont aussi utilisées pour de petits ordres?! »

Nicole El Karoui, mathématicienne de renom, spécialiste des produits dérivés, responsable du prestigieux master probabilités et finance de l’Université Pierre et Marie Curie, dans « Les Echos » daté du 15 septembre 2010 en page 11 : Article intitulé : Dans une salle de marché, on n’a pas le temps de réfléchir.«  Estimant que les régulateurs ont « manqué de bon sens » avant la crise, elle propose de créer un observatoire des marchés, qui permettrait de mieux surveiller les flux de capitaux. Nous avons toujours insistés sur les risques et le fait que les dérivés étaient avant tout des instruments de couverture. En revanche, j’ai toujours refusé d’enseigner les dérivés de crédit, alors que la demande était forte. Il est trop difficile de mesurer correctement le risque et d’établir un prix pour ces produits. La faillite de Lehman a confirmé que les modèles ne fonctionnent que si certaines hypothèses sont vérifiées, notamment celles de la liquidité. La finance, ce n’est pas de la physique, cela ne se reproduit pas forcément. La crise a montré qu’il existe des risques de nature différente. Peut-être vaut-il mieux dissocier le risque sous-jacent de celui qui résulte de la pratique quotidienne de marché. Les modèles actuels ne font pas du tout cette distinction. Ils devraient être requestionnés en ce sens, mais ce n’est pas la priorité des banques. »

A l’heure ou les institutions génèrent des doctrines, des règlements et des normes pour que la crise que l’on a connue ne se répète pas, n’est-il pas primordial d’anticiper ce que pourrait être la prochaine crise ou du moins certains facteurs de causalité ?

Certes, nos gouvernants essayent de faire appliquer des règles qui assurent une certaine protection en cas de krach mais faute de travailler sur l’évaluation des cours, ils s’exposent au franchissement du seuil sociologique d’acceptation des baisses. Où quand la majorité des épargnants suit l’instinct grégaire et par lassitude retire ses fonds au même moment. Exemple : la peur du franchissement de ce seuil par les "gouvernants" suite à une simple déclaration de Cantona.

Hier, malgré les évidences, les professionnels fermaient les yeux sur l’inefficience des marchés : aujourd’hui, malgré les évidences, allons nous continuer de fermer les yeux sur l’inefficience du système de cotation et sur les risques systémiques et de  liquidité qu’il crée ?

Et si c’était le système de cotation tel qu’il est, créait ou accélérait les bulles et les krachs ?  

Souvenons-nous de Benoît Mandelbrot qui, dès les années 60, dénonçait l’utilisation de la courbe de Gauss dans l’analyse et l’estimation des variations de prix des actifs financiers. Pendant de nombreuses années, il ne fût pas entendu par le milieu financier (ni même respecté. La règle étant dans le milieu financier que lorsque l'on gène l'on s'en prenne à notre réputation et à notre portefeuille) parce qu’il remettait en cause un des fondements factices (mais oh combien « facilitateur » !) de l’analyse financière, en l’occurrence l’efficience des marchés.

Comment évoquer la stabilisation du système financier sans prendre en compte l’aspect virtuel des performances annoncées ?

Sous estimer (occulter) le risque est-ce encore acceptable ?

La revue « Challenge » de novembre 2010 titre « La réalité virtuelle va nous aider à doper nos ventes ». Ce titre résume bien la réalité virtuelle du monde de la finance (certifié par les commissaires aux comptes), cela peut-il encore perdurer ?

Stabiliser le système financier sans aborder la déstabilisation de sa valeur et de sa liquidité n’est ce pas commettre la même erreur que lorsque que par facilité l’on a fermé les yeux sur l’inefficience des marchés ?

Est-ce plus les fonds spéculatifs ou le système de cotation qui a amplifié la crise financière ?

Dans les faits, la réalité virtuelle des cours sert à alimenter, au détriment de l’économie, le pari mutuel boursier (marchés dérivés (hors couverture) etc…) est-ce encore acceptable ?

Les autorités de régulation, de supervision et les commissaires aux comptes ne peuvent pas couvrir l’abus de confiance et le vol des porteurs de parts.

Pour reprendre les propos de Michel Barnier dans « Les Echos » du 21 octobre en page 34 : « Nous voulons sortir de l’alternative laissant les gouvernements face à une catastrophe et à une faillite non ordonnée, ou à un sauvetage avec des fonds publics » « Michel Barnier souhaite « trouver un chemin au milieu » ».

Et si ce chemin était le changement de système de cotation des titres ?

Le propos de cet écrit n’est pas de prôner, à court terme, une « révolution » des cotations boursières mais bien de la préparer en donnant, dès maintenant, l’information des cours boursiers corrigés des volumes sur les principaux indices tels que le CAC 40 afin que les citoyens aient une meilleure information et soient plus sereins face aux mouvements quotidiens boursiers. Voir le site www.agencedecotationesg.com

François Vidal dans « Enjeux Les Echos » du 5 juin 2010 en page 17 :
Article intitulé :
La bourse, le pire des systèmes à l’exception de …

« Entre les performances réelles d’une société et son cours de Bourse, le fossé se creuse. Au point que l’on s’interroge sur l’utilité d’une cotation. Une chose est sûre, ces variations d’une amplitude sans précédent n’ont rien à voir avec les fondamentaux des actions. C’est une manifestation supplémentaire du caractère de plus en plus virtuel de la finance, en général, et de la Bourse, en particulier. Cette décorrélation de la Bourse et de l’économie réelle résulte principalement de l’émergence de trois facteurs : L’explosion des marchés dérivés, les « program trading » qui définissent une stratégie d’investissement exécutée ensuite par un automate, la multiplication des plateformes alternatives» 

Alain Gauvin, avocat, Lefevre Pelletier & Associés dans « La Tribune » du 24 février 2010 en page 12 :

Article intitulé : L’Etat schizophrène, promoteur de la spéculation.« Depuis trois ans, l’objet de toutes les tromperies porte sur la spéculation. Pas un politique, en France, ne la fustige, sans d’ailleurs expliquer ce en quoi elle consiste et son utilité. Mais les Français, ceux qui ne sont pas au fait de ce qui se passe dans la sphère financière, savent-ils que les pouvoirs publics soutiennent, pour ne pas dire promeuvent, ceux qui jouent, ceux qui se livrent à des paris financiers ? La loi les protège même contre toute attaque judiciaire. Les pouvoirs publics craignent que les produits dérivés soient requalifiés juridiquement en paris, ce qui serait la mort des marchés à terme. Pourtant, si les produits dérivés étaient toujours économiquement justifiés, ce risque n’existerait pas. Les pouvoirs publics doivent d’urgence, se soigner de cette schizophrénie : fustigeant la spéculation en public, ils l’enfantent en coulisses.»

Mathieu Rosemain, propos recueillis de Hans Hoogervorst, futur président de l’International Accounting  Standards Boards (IASB)  dans « Les Echos » daté du 2 décembre 2010 :

Article intitulé : La gouvernance de l’IASB mérite d’être renforcée


 «  Je sais combien il est important que les communications financières soient aussi fiables que possible pour les investisseurs. Cette crise résulte de l’application de normes bancales dans le monde. Les standards comptables doivent être aussi clairs et faciles à comprendre que possible. Je reconnais que la gouvernance de l’IASB mérite d’être renforcée. Nous devons fournir aux investisseurs des règles claires et fiables qui ne changent pas trop souvent. Cette crise est le plus grand scandale économique de l’histoire de l’humanité. Mais si vous regardez le monde financier, il est surprenant de constater que si peu de personnes sont derrière les barreaux. On dirait que seuls Madoff et Kerviel ont été poursuivis. Les personnes impliquées dans l’élaboration et la commercialisation de produits financiers toxiques sont toujours libres… »

Réjane Reibaud dans « Les Echos » daté du 17 juin 2010 en page 30 :

Article intitulé : Normes comptables : les contre-propositions des établissements bancaires.
« « Les régulateurs comptables se trompent dans leur projet de réforme. » Le ton était donné, hier, lors d’une conférence de presse de la Fédération bancaire française (FBF) sur les normes comptables.
En cause toujours, la valorisation des actifs financiers à leur juste valeur ou valeur de marché. Cette méthode a été décriée par de nombreuses banques, spécialement françaises, mais aussi pas quelques politiques européens car elle a été considérée comme un vecteur de la crise dans les établissements financiers en les obligeant à déprécier sans cesse la valeur de leurs actifs dans des marchés devenus illiquides."

Mon commentaire : A l’heure où la France désire être compétitive et innovante dans le combat international des places financières n’y a-t-il pas là une ouverture pour une bourse « alternative » qui offrirait un système de meilleure gouvernance SOCIOlogique, ECOnomique, POlitique et FInancière.

Le passé devrait-il se répéter ?

On pourrait le croire en lisant ces dernières déclarations :

Benjamin Jullien dans « La Tribune » daté du 6 décembre 2010 en page 37 :

Article intitulé : Les professionnels ne veulent pas de normes trop strictes
« L’évaluation financière est si peu encadrée qu’elle fait presque figure d’anomalie dans l’univers réglementé de la finance. Mais avec l’essor du concept de « juste valeur », l’évaluation est apparue comme le maillon faible de l’information financière lors de la crise du « subprime », qui a mis en évidence la difficulté à cerner la valeur intrinsèque d’un actif en l’absence de transactions sur le marché. L’AMF n’exclut pas la « possibilité de faire référence, à terme, aux standards de l’IVSC », mais « ne se prononce pas, à ce jour, en faveur de normes précises et contraignantes » indique Benoît de Juvigny, secrétaire général adjoint en charge de la direction des émetteurs de l’AMF. »

Alors que deux jours après Monsieur Jouyet, président de l'AMF écrit dans « Le Figaro » du 8 décembre 2010 en page 14 :

Article intitulé : Euro : osons toutes les hypothèses, même celles qui gênent les banquiers
« Nous traversons une crise qui réveille dans le domaine financier les vieux démons de l’Europe : divisions, communication incompréhensible, manque de vision et de cohérence. Tout se passe comme si nous nous satisfaisions d’une approche au cas par cas. Nous sommes à l’image de ces médecins qui attendraient toujours le prochain symptôme pour poser un diagnostic définitif et préconiser la médecine qui traitera la maladie. Que faire, il ne suffira pas de continuer à inonder les marchés de liquidité (au risque de créer de nouvelles bulles sur les matières premières, l’immobilier ou certaines dettes d’Etat) et d’imposer des mesures d’austérité draconiennes aux peuples les plus touchés pour traiter le problème. Nous ne faisons que repousser des échéances inéluctables tout en accablant les couches moyennes et populaires qui seront les premières victimes de nos atermoiements ; ce sont les montagnes de liquidité et de dette qui font le lit de la rigueur de demain. Osons réformer, assainir, mieux gouverner. Alors, et seulement alors, nous aurons bien servi l’Europe qui demeure notre horizon indépassable. »

Jean-Pierre Jouyet dans « Le Monde » daté du 9 décembre 2010 en page 12 :
Article intitulé : On ne sait pas qui achète quoi, ni à quel prix
« Nous n’avons pas eu une approche assez politique au moment de négocier la directive MIF (Marché d’instruments financiers, qui a ouvert à la concurrence les marchés boursiers en Europe). On ne s’est pas posé les bonnes questions : de quels marchés voulons-nous ? Comment faire pour qu’ils financent au mieux l’économie ? Ce texte a gravement accentué le désordre des marchés boursiers et conduit à une fragmentation et à une plus grande opacité des transactions. Nous avons, c’est vrai, un train de retard sur les technologies financières. En quelques années, les marchés ont beaucoup évolué ; C’est un point que n’avait pas anticipé la directive. Aujourd’hui, on estime que 44% des transactions sont invisibles. Or le b.a.-ba de notre travail, c’est de savoir ce qui se passe. Si, demain, je veux vendre 100 000 actions d’une société cotée, il vaut mieux éviter que l’information soit sur la place sous peine de faire dévisser les cours. »

Claire Gatinois dans « Le Monde » daté du 9 décembre 2010 en page 12 :
Article intitulé : L’UE doit-elle réguler davantage les marchés actions ?
« L’aveu d’échec est à peine voilé. Trois ans après avoir provoqué un « Big Bang » sur les Bourses en Europe, la Commission européenne fait machine arrière. Les exubérances ont eu un rôle dans les émeutes de la faim en Haïti ou au Burkina Fasso, en 2008. « On a pris beaucoup de mauvaises habitudes. Je veux mettre de la lumière partout, explique Michel Barnier, commissaire européen aux marchés intérieurs et aux services financiers. Remettre les marchés au service de l’économie réelle.». Les nouveaux acteurs ont pris la place qu’on leur a donnée. Mais ils sont allés trop loin, trop vite. Les ordres sont éparpillés et le régulateur ne sait plus où donner de la tête. « Les régulateurs n’ont jamais rien compris à ce qu’on faisait. Ils ont toujours été dépassé », relativise Pierre-Antoine Dusoulier, patron de Saxo Banque. Ces échanges discrets. « Nous ne reprochons pas à la MIF d’avoir aboli le monopole des Bourses traditionnelles, cela était nécessaire. Nous observons simplement que cette directive a eu des effets secondaires tels que permettre un manque de transparence, qui est intolérable en Europe », dénonce M. Cerutti, directeur général adjoint de Nyse Euronext, à Paris. Pour les professionnels, ce n’est pas seulement le problème du régulateur. Car cette opacité perturbe aussi le fonctionnement des marchés et met à mal le mécanisme de formation des prix. Faute de transparence, celui-ci n’est plus le reflet de l’offre et de la demande. « C’est comme si on allait faire des courses et que l’on découvrait le prix de ce que l’on achète au moment de passer en caisse », explique M. Cerutti, directeur général adjoint de Nyse Euronext, à Paris. »

Ci-dessous  un article écrit, il y a plusieurs années.
D’autres sont disponibles sur le site www.socioecopofi.com

Et si l’évaluation des SICAV et FCP était fausse ?
2 octobre 2006


Depuis plusieurs années, j’insiste sur le principe que le système d’évaluation des FCP et des SICAV n’est plus adapté à la situation actuelle.

Pour rappel, le principe actuel évalue les titres des FCP et SICAV au dernier cours d’échange.

Ex : A l’heure où j’écris cet article le lundi 2 octobre à 12h37 Schlumberger gagne 2,48 %.
Dans la réalité, il n’y a eu que 7 865 actions échangées sur un total 1 235 471 972 titres soit 0,001 %.
Le plus gros échange possible à cette heure est de 145 actions à 48,55 € soit un total de transaction de 7039 € !
Imaginez qu’un FCP ait une ligne de 10 000 actions qu’il valorise à 48,55 €, comment pourrait-il les vendre à ce prix alors que son investissement représente plus que les échanges du jour qui sont de 7 865. Dans la réalité si le FCP voulait les vendre il créerait une baisse excessivement importante du titre.

En clair, les évaluations de performances des FCP et SICAV sont fausses car non-réalisables.
Le système de cotation qui hier était acceptable parce que sous contrôle étatique ne l’est plus. Il ne peut et ne doit PAS perdurer.

Faisons un peu d’histoire :
Avant la révolution économique du milieu des années 80, les cotations boursières étaient sous contrôle étatique. Dès qu’une cotation à la hausse ou à la baisse était supérieure à 5 % on arrêtait la cotation en attendant que le calme soit revenu.
Cette régulation du système était tout sauf libérale, mais elle pouvait s’expliquer dans le contexte de la politique pratiquée à cette époque et avait comme mérite d’être efficace.  

Depuis le milieu des années 80, le principe des cotations boursières est le laissé faire, laisser aller (j’exagère à peine).
Un titre peut varier dans la journée de plusieurs pourcents sans qu’il n’y ait de réelle sécurité.

Sur le principe, je n’ai rien à dire, sauf qu’en l’occurrence, il suffit de quelques titres échangés à un cours pour que mécaniquement on valorise l’ensemble des titres d’un FCP ou d’une SICAV à ce même cours.

En reprenant l’exemple ci-dessus, si un FCP ou une SICAV voulait vendre ses actions Schlumberger pensez-vous qu’il le ferait avec un gain de 2,48 % ou plutôt avec une perte estimée entre 30 et 40 % ?

Que pensez lorsque votre intermédiaire financier avec l’aide d’un comparatif quelconque, vous vante les mérites de tel ou tel FCP alors qu’il sait très bien que ce même FCP ne pourrait pas vendre les actions qu’il gère sans créer une très forte baisse ?

Certes, j’ai bien conscience que je vais en étonner plus d’un et même m’attirer les foudres de beaucoup d’autres mais il devient urgent, pour ne pas dire primordial, d’arrêter ce système de cotation à la base d’évaluation de performances fictives pour les FCP et les SICAV.   
Performances fictives qui n’ont aucune base logique tant en terme comptable, financier que boursier et qui servent à faire des paris (article hedge funds).

Réflexion :


 -Désirez-vous vous contenter de valeurs virtuelles ou de valeurs réelles ?

 -Désirez-vous investir avec des valeurs virtuelles ou des valeurs réelles ?

 -Désirez-vous du rêve suivi de désillusion (bulle suivie de krach) ou de la réalité suivie de concrétisation ?

Voilà les questions qu’il est urgent de vous poser avant de choisir votre FCP ou votre SICAV.
Arrêtez de dire quelle performance ? Mais quelle performance pour quel flux échangé ?

En clair, est-ce que la SICAV ou le FCP pourrait réaliser la performance annoncée en vendant une part importante de ses titres ?

Idée : Pourquoi ne pas inclure dans l’évaluation des FCP et SICAV un ratio de flux ?
 
Financièrement vôtre.

Christian Piré

 Suivi de cet article

Georges PAUGEY, Directeur général du Crédit Agricole, dans « Les Echos » du 28 septembre 2009 : « Le risque systémique était totalement sous-estimé avant la crise financière, comme beaucoup d’autres risques, tels que la liquidité »

Monsieur Claude BEBEAR, président d’honneur d’Axa, dans La Tribune du 25 août 2009 : « Cela n’a aucun sens de comptabiliser dans l’instant une valeur de marché qui ne reflète pas la valeur des actifs. Cela accélère la formation de bulles ou la production de krachs sans donner une image fidèle des entreprises. Il faut aussi réglementer les agences de notation dont les notes ne sont pas suffisamment transparentes et lisibles. Cela frise parfois la malhonnêteté. »

Paul-Henri de La Porte du Theil nouveau Président de l’Association de la Gestion Financière dans Les Echos du 18 mai 2009 : «  Dans cette crise, deux mots sont ressortis, deux préoccupations : la liquidité et la transparence. Et c’est autour d’eux que nous allons travailler. Dans la gestion, nous avons focalisé sur le couple rendement-risque en oubliant la liquidité, qui semblait aller de soi. L’effet de ciseau entre un passif qui décollecte et un actif illiquide peut être très douloureux » 

Yves de Kerdrel dans Le Figaro du 31 mars 2009 soulignait suite à l’article d’Alain Minc (ci-dessous) : « On a rarement eu le sentiment d’une telle déconnexion entre l’univers feutré de certains conseils d’administration et le climat de désespérance qui touche nombre de nos compatriotes ».

 Alain Minc dans Le Figaro du 23 mars 2009 : Lettre ouverte à mes amis de la classe dirigeante, « Mesurez-vous que le pays à les nerfs à fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fût-il erroné, de subir une crise dont nous sommes tous à leurs yeux les fautifs ? Ignorez-vous que la quête de boucs émissaires est une constante de notre histoire et que 1789 se joue en 1788 ? » ; « Acceptez-vous de méditer ce mot de la comtesse de Boigne, une habituée  des révolutions : ‘Les peuples ont l’instinct de leur approche ; ils éprouvent un malaise général. Mais les personnes haut placées n’aperçoivent le danger que lorsqu’il est devenu irrésistible’ »

Philippe Béchade dans MoneyWeek du 22 janvier 2009 : « Avec la disparition d’un nombre impressionnant d’acteurs, qui assuraient plus de 60 % des volumes quotidiens, l’épaisseur des carnets d’ordres s’est considérablement réduite. Le marché, déserté, trahit jusqu’à sa raison d’être."